09/11/2010

Il y a 92 ans les cloches sonnaient à toute volée...

11 novembre 1918. L'armistice est signée le cauchemar est terminé. Fin d'une guerre qui, en 4 ans a fait 8 millions de morts (soit environ 6 000 morts par jour) et 8 millions d'invalides. C'est la France qui a payé le plus lourd tribut avec 1,4 millions de tués et de disparus.

Comme tous les villages de France, Rustiques n'a pas été épargné. 250 habitants : 14 morts.

Sur les registres de l'état civil du village seuls les décés de 5 poilus ont été retranscrits. Le capitaine d'Hélie (41 ans) était le plus âgé cimetiere 001.jpgquand il a été tué au début de la guerre le 28/02/1915. Bathiste Averseng (21 ans) était un des plus jeunes quand il a perdu la vie le 26 juillet 1917.

Tué à quelques jours de l'armistice

Une famille a été particulièrement éprouvée. Les Guiraud ont perdu leurs deux fils Pierre 28 ans le 14 juillet 1915 et Philippe qui venait de fêter ses 27 ans quand il a été tué le 14 octobre 1918 soit 28 jours avant l'armistice.

François Castel est mort le 28/10/1921 des suites de ses blessures.

Rares sont ceux qui n'ont pas été blessés, certains plusieurs fois (Joseph Mourlan : 3 fois) Les soldats étaient soignés dans des hôpitaux à l'arrière du front et repartaient au combat quand ils étaient rétablis. Parmi eux Barthélémy Sire (28 ans) a été grièvement blessé aux jambes en 1916. Il sera déclaré invalide de guerre et en tant que tel l'Etat lui attribuera le tabac-régie du village en 1927 (voir l'article du 17/03/2010).

Presque tous sont revenus traumatisés à vie.

Difficile aujourd'hui de faire l'inventaire des jeunes de notre village revenus blessés. Mais ce qui est certain c'est qu'ils sont presque tous revenus traumatisés par ces quatre années vécues dans les tranchées entourés par la boue, la vermine, les rats et l'odeur des cadavres en décomposition. S'il est décédé assz agé, Antoine Vidal parlait avec une voix rauque, il avait été gazé dans les tranchées.

Ce sont les gendarmes venus en moto, qui comme ils l'avaient fait pour la mobilisation, ont annoncé au maire que la guerre était finie. Alors à l'église les cloches ont sonné à toute volée pendant des heures et dans les rues du village on criait à tue tête que la guerre était finie. Cependant il n'y a pas eu de scène de liesse. Trop de familles pleuraient leurs morts

Dans une vidéo enregistée en 1980, Augustin Delpoux raconte que sa grand-mère qui venait de perdre son mari sur le front, s'est enfermée toute la journée dans le noir et les voisins ont dit qu'elle n'avait pas arrêté de pleurer et de crier.

Pendant ces quatre années de guerre, pendant lesquelles les nations engagées dans ces combats ont réalisé des progrés techniques importants de puissance de déstruction, rien n'a été fait en faveur des moyens de protéger les hommes. Pour certains que valait la vie humaine à cette époque là ?

B. Sire (àG) 1916.jpg

1916: Dans un hôpital à l'arrière du front, Barthélémy Sire termine sa convalescence. N'envie-t-il pas à ce moment là ses trois camarades pour qui la guerre est désormais finie ! Lui va devoir encore vivre l'enfer des tranchées pendant deux ans.

08/08/2010

Jacques Gorce raconte l'Occupation

Il avait 13 ans quand les Allemands ont envahi le village le 11 novembre 1942.

J. Gorce 002.jpg

Jacques Gorce a aujourd'hui 81 ans. Depuis qu'il est veuf l'ancien garde champêtre du village vit chez ses filles, à Toulouse ou à Pezens.

Il a été très marqué par la période de l'occupation qu'il a vécu pendant son adolescence au village et tenait à témoigner:

« A l'aube ce 11 novembre 1942, une importante colonne allemande arrive de Trèbes par la route principale, il y a une vingtaine de chars français (Renault) flambants neufs( C'était une demi brigade de chars qui venaient d'Afrique et se repliaient), des camions, chenillettes, motos, side-cars...La mairie, les écoles, maisons, hangars, salle des fêtes étaient réquisitionnés pour les soldats. Le parc du château servait à camoufler les chars et les camions ainsi que la roulante (cuisine roulante). Les civils ont été réquisitionnés pour creuser de grands trous sous les arbres du parc qui serviront de caches au matériel ou dépôt d'essence. Les officiers allemands et un détachement SS,uniformes noirs avec têtes de mort, cols de vestes et casquettes marqués du sinistre insigne SS, occupaient le château du village ».

Comme le baron Mr D'hélie propriétaire du château, plusieurs habitants ont été obligés de cohabiter avec les envahisseurs. Il faut noter que pendant les deux ans d'occupation ceux-ci se sont montrés très correct. Est-ce parce-que le commandant sur Rustiques était un pasteur?  Un incident cependant qui aurait pu avoir des conséquences graves: Un incendie s'est déclaré dans le parc du château, à proximité des dépots d'essence et de munitions. L'incendie maitrisé le commandant est allé prévenir le Maire Paul Gaston que si celà se renouvelait, il prendrait des mesures très sévères vis à vis de la population.

Jacques Gorce se souvient : « "Le commandant Rembolt invite la population du village à fournir de vieux chiffons pour le nettoyage des chars ". Au son du cor de la mairie, c'est la première phrase que j'ai publié dans le village, j'avais 13 ans. »

Chez M. Castel, propriétaire d'une grande maison, les Allemands ont occupé le rez-de-chaussée. « Ils ont réquisitionné beaucoup de chevaux dans le village, ils m'en ont pris deux sur quatre. J'ai dû acheter une paire de boeufs pour faire marcher mon exploitation agricole. »

Durant l'année 1943, un régiment de soldats mongols (anciens prisonniers) accompagnés de leurs petits chevaux et de leurs charrettes caractéristiques très basses à 4 roues furent cantonnés au domaine de Fontaines.

En 1944 sont arrivés au village des autobus de Paris, réquisitionnés par l'armée allemande et floqués sur leur toit de l'insigne de la croix rouge pour éviter les bombardements alliés. Le débarquement ayant eu lieu les Allemands étaient de plus en plus fébriles et voyaient des terroristes partout. Ils ont quitté le village le 15 août 1944 après avoir fait sauter un autobus et quelques motos. (les enfants jouaient encore avec ses épaves dans les années 50)

Ce jour là la plupart des Rustiquois avaient quitté le village de peur d'être victimes d'exactions qui heureusement n'ont pas eu lieu.

croix des évangiles 003.jpg

Pour préserver sa famille l'arrière grand-père d'Anaïs Mourlan avait construit cette cabane au lieu dit "Mayronne". Il y a caché les siens le 15 août 1944.