17/09/2014

Le poème du jour

 

A une vieille servante

 

 

Reste ainsi, ne fais pas un geste,

Ne quitte pas ton escabeau,

Poursuis ta besogne modeste

A côté d'un pâle flambeau.

 

 

Mon cœur est plein, mon œil se mouille,

Lorsque, seule et baissant les yeux,

Je te vois filer ta quenouille

A ce foyer silencieux.

 

 

Les obscures vertus de l'âme,

Le dévouement et la bonté

Prêtent au fond de l'humble femme

Je ne sais quelle majesté.

 

 

Les longs jours ont creusé ta tempe ;

Tes yeux, tristes et doux à voir,

Ont l'éclat voilé de la lampe

Que tu m'allumes chaque soir.

 

 

Au bruit des heures que balance

La pendule de l'escalier,

Tu vas et tu viens en silence,

Faisant ton travail familier.

 

 

La fatigue est ton habitude ;

A l’œuvre dès le point du jour,

Tu donnes à la servitude

La forme auguste de l'amour...

 

 

...Quand la maison dépareillée

Vit quelques fois entrer la mort,

Ce fut toi qui, dans la veillée,

Restas près de celui qui dort.

 

 

De ce passé tu survis seule,

O vieille femme en cheveux blancs,

Vénérable comme une aïeule

Pleine de souvenirs tremblants ! …

 

 

Va, je t'aime, âme simple et grande,

Toi qui ne sus jamais haïr ;

Je t'aime, et, moi qui te commande,

Je me sens prêt à t'obéir.

 

Joseph Autran (1813-1877)

 

 

 

11:08 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

Commentaires

j'adore!
Simple et joli à la fois

Écrit par : everest66 | 17/09/2014

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