11/09/2014

Le texte du jour

 

Ce fut le dimanche matin, vers mes neuf ans, que m'arriva dans le demi sommeil de l'aube ce signe de la différence des hommes.

 

1  en 1955 environ.jpgMon père entrait doucement dans la chambre où je dormais avec ma sœur, se penchait vers moi et m'embrassait légèrement pour ne pas me réveiller. Et l'odeur me submergeait. Je ne savais ni la nommer ni l'analyser mais je la reconnaissais. C'était celle de sa veste de chasse, de son passe-montagne de laine, de tous ces vêtements de toile épaisse, usés et délavés qu'il portait de dimanche en dimanche d'automne et d'hiver, de l'ouverture à la fermeture, sans qu'entre-temps ils fussent lavés...

 

...C'est ma mère qui nourrissait les chiens, peignait les oreilles de cockers, les passait l'été sous le jet du jardin, traitait puces et Tiques, c'est elle qui leur avait tricoté de souples cylindres qu'elle leur enfilait au moment de la soupe afin que leurs oreilles ne trempent pas dedans, elle qui soignait leurs pattes échauffées , et c'est mon père qu'ils aimaient.

 

Même au moment de la pitance, la voix, le coup de sifflet du maître les détournaient de la gamelle. Sa voix à lui et pas une autre. Longtemps avant l'heure de son retour, ils se plantaient le nez contre le grillage et il était inutile d'espérer les déloger. Trempés de pluie, tremblants de froid, ils attendaient son arrivée. Longtemps avant qu'il ne pousse la grille du jardin, les chiens étaient debout et frétillants. Ils avaient senti ou entendu des signes imperceptibles. Mon père les caressait, leur parlait, c'était tout.......

 

Marie Rouanet (Du coté des hommes)

 

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1970

 

 

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