16/08/2012

Francis Carbonnel raconte l'occupation au domaine de Canet

 

Craignant un débarquement sur nos cotes (les alliés ayant débarqués en Afrique du Nord), les Allemands ont franchi la ligne de démarcation le 11 novembre 1942. Ils occupèrent le village de Rustiques et les domaines voisins, Canet, Septsérous.

Carbonel 004.jpgFrancis Carbonnel, ancien enseignant du collège de Trèbes, fils du régisseur de Canet avait alors 10 ans. Il nous raconte l'occupation du domaine: "Dès que les Allemands sont arrivés dans la région, une circulaire du maire nous a prié de rapporter toutes les armes et fusils de chasse à la mairie. Le propriétaire de Canet Monsieur Mercadier habitait Béziers, il avait de très belles armes de collection au domaine. En accord avec lui nous avons tout mit dans des sacs en jute et nous sommes parti mon père et moi jeter le tout dans le canal du midi à St Julia.

Quand les Allemands ont envahi le domaine ils ont tout de suite voulu occuper le château mais mon père leur a dit qu'il n'avait pas la clef. Première grosse peur pour mon frère Jacques et moi même, quand nous avons vu passer notre père encadré par deux Allemands très menaçants. Il a bien fallu se plier à leurs ordres et faire un simulacre. Notre père est parti en vélo, la clef dans la poche chercher celle-ci à la rencontre de son patron qui venait de Béziers. L'incident clos le capitaine et son état major se sont installé dans le château alors que le reste de la troupe (environ 60 hommes) prenait leur quartier dans les maisons de vendangeurs. Les allemands avaient installé des latrines à 200 m de la ferme et bricolé une douche à coté de l'écurie ce qui posait un problème pour l'éducation des enfants du domaine puisque tous les soirs il y avait 3 ou 4 soldats à poil qui attendaient leur tour. Quand je passai avec mon père celui-ci me tenait toujours la tête tournée de l'autre coté. Chaque matin il y avait le rapport dans la cour, à midi on leur apportait la soupe du domaine de Septsérous distant de deux Kilomètres, il n'y avait pas de roulante à Canet.

LES ALLEMANDS SUR LEUR GARDE

Le domaine étant dans une cuvette entourée de bois, propice aux attaques de maquisards, les occupants étaient toujours sur le qui vive. Ils avaient sécurisé le domaine en installant des postes de mitrailleurs sur les hauteurs alentours. Il reste encore le vestige d'une tranchée, où la sentinelle qui était postée prenait en enfilade le chemin de Rustiques sur 300 mètres. Dés qu'ils sont arrivés les Allemands ont fait tuer tous les pigeons, craignant que l'on ne s'en serve comme moyen de communication. Pendant les 18 mois d'occupation ils ont refusé de boire l'eau du puit, seule source d'eau potable du domaine par crainte que celui-ci soit empoisonné par les maquisards. Ils avaient dans la cave un stock énorme de bouteilles de perrier". Quand ils sont parti en août 1944, la famille Carbonnel et les employés du domaine ont bu du perrier pendant plus d'un an.

traverse Canet.jpg

Dans la colline en face qui n'était pas boisée comme aujourd'hui, il reste l'emplacement du fusil mitrailleur qui prenait en enfilade ce chemin de Rustiques

        suite

 

Francis Carbonnel 10 ans nous raconte l'occupation du domaine en 1943-44:"Les Allemands étaient Louis Carbonnel (1907-1993).jpgtrès disciplinés et ont toujours étaient très correct, comme à Rustiques d'ailleurs où ils avaient comme commandant un pasteur. Ils respectaient notre père qui était le régisseur du domaine . Chaque matin le capitaine saluait le régisseur et lui demandait si ses soldats avaient été corrects.

Mon frêre et moi nous étions étaient très impressionnés quand nous les entendions dans le bois voisin de Rambouillet marcher en cadence en chantant leur célèbre chant. Ils s'entraînaient au tir dans le terrain de foot de Rustiques que nous traversions tous les jours sur le trajet de l'école. Nous revenions souvent les poches pleines de balles à blanc et de grenades qui venaient de servir pour leurs exercices et qui allaient être l'objet de nos jeux. Quelques jours après leur départ, dans la prairie de Rouïre à 500 mètres du domaine nous avons retrouvé un poteau d'exécution et une fosse le jouxtant.

MOTUS ET BOUCHE COUSUE

Les Allemands avaient peu de rapport avec les ouvriers qui continuaient leur travail habituel. Pour nous c'était motus et bouche cousu, on essayait de communiquer le moins possible et d'en faire le minimun. Certains soldats montraient leur hostilité envers Hitler, mais nous ne montrions aucun sentiment craignant toujours un piège. Il est arrivé que passant devant notre cuisine ils nous entendent écouter radio Londres et jamais ils ne nous ont fait de remontrances à ce sujet. Je pense que nous avons peut être eu de la chance, nous n'étions pas tombé sur les plus méchants.

Après le débarquement en Normandie les occupants sont devenus de plus en plus fébriles. Un soir un officier radio qui parlait le français aussi bien que nous a fait irruption dans notre cuisine nous demandant de cacher vite cette valise. Notre père craignant qu'elle ne Canet les ramonetages.jpgcontienne une bombe est allé vite la planquer au fin fond de la cave. L'officier est revenu quelques temps après réclamer son bien. La valise contenait des habits civils: parlant bien le français et sentant la débacle prochaine, cet officier avait peut être décidé de changer de camp.

Les derniers temps, les Allemands n'étaient même plus ravitaillés, les estomacs étaient vides , le moral dans les chaussettes, et les maquisards les traquaient. Comme à Rustiques et Septsérous, ils ont quitté Canet le 15 août 1944 abandonnant deux véhicules après les avoir saboté. Un dernier Allemand est resté avec sa moto un jour de plus, il se montrait menaçant, on a réussi à le faire partir en lui donnant un sandwwich".

Deux jours après sur la route de Béziers à hauteur de la Croisade, un convoi Allemand a été mitraillé et entierrement anéanti, il est difficile d'affirmer que c'était les occupants de Rustiques et Canet. Pendant plusieurs années les carcasses des véhicules brulés sont restés au bord de la route.

Canet (1950).jpg

Photo: _  Louis Carbonnel (1907-1993) en 1960 avec ses petits enfants. Il était le régisseur du domaine

          _  Le domaine de Canet peu après la guerre

(cliquez sur les photos pour les agrandir)

 

 

 

 

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